La station service Fiat Tagliero

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La station service Fiat Tagliero, dont les lignes est l’apparence générale évoquent la dynamique d’un avion, est le plus curieux et extraordinaire bâtiment de la ville, sans aucun doute le plus emblématique aussi. Modèle d’architecture Futuriste, elle fait écho à l’usine Fiat de Turin, achevée en 1923. Située à la pointe d’une des principales avenues de la ville, Mereb, la station s’offre ainsi au regard d’une multitude de citadins.

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L’audace du futur

La station a été construite en 1938, en pleine révolution des transports commerciaux, dont elle est sans doute une célébration. Son dessin très novateur, où l’aérodynamisme tient une place essentielle, en fait un des rares exemples de l’architecture Futuriste en Afrique. Construite par Giuseppe Pettazzi, elle est aussi un joli morceau d’histoire asmariote : elle représente très bien l’audace des jeunes architectes italiens venus dans la capitale érythréenne faire leurs premières armes et donner libre-voix à leur imagination.

La structure en elle-même est un chef d’œuvre d’ingénierie pour l’époque : les ailes en béton ont une envergure de 30 mètres et tiennent de chaque côté de la pièce principale sans être soutenues.
Puisque certains membres de la municipalité avaient des doutes sur la viabilité et l’intégrité de la structure, l’architecte fut contraint, dans ses plans, d’ajouter des colonnes pour soutenir les deux ailes. Il décida néanmoins de les retirer à la suite de l’inauguration. L’histoire raconte à ce propos que les ouvriers refusèrent tout d’abord de retirer les soutiens et ce n’est que sous la menace d’une arme à feu qu’ils se laissèrent convaincre.

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Cette pièce d’architecture respecte parfaitement la dynamique du Futurisme : des longues lignes énergiques, une impression de vitesse, de mouvement et d’urgence. La partie centrale du bâtiment est divisée en deux étages, visuellement assimilable au nez d’un cockpit. Les deux mâts, le long vitrage circulaire qui habille les deux étages de la tour et les deux ailes déployées font de ce bâtiment l’édifice les plus excentriques de la ville. Fidèle au mouvement futuriste, la station ne montre aucune décoration en façade, où le matériau brut, le béton, impose toute sa force.

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Une bâtisse à l’image du fascisme : arrogant et moderne

On a souvent associé le mouvement du Novocento avec le Fascisme. Néanmoins, il est intéressant de faire un parallèle conceptuel entre Fascisme et Futurisme. Sans pour autant voir dans Giuseppe Pettazzi l’Albert Speer italien, il est possible de considérer la station, et sa dimension futuriste, comme écho du projet mussolinien. L’idéal de rigueur et de pureté- le refus de la décoration et la place donnée au matériau brut- que le bâtiment insuffle, évoquent les valeurs du fascisme. L’intransigeance et le totalitarisme du régime italien, portés par le discours « du renouveau », s’expriment parfaitement dans la pensée futuriste. Un des fondateurs du mouvement, Marinetti, était d’ailleurs un fasciste convaincu et les différents manifestes futuristes montrent bien que cette école artistique a contribué à armer idéologiquement le régime mussolinien :

« Aucune architecture n’a existé depuis le 18ème siècle. Une bêtise faite de divers mélanges stylistiques est appelée architecture moderne. La beauté du ciment et du fer est profanée par des superpositions et des incrustations bigarrées inspirées de l’antiquité égyptienne, indienne ou byzantine, dans cette idiotie et cette impotence que l’on appelle néoclassicisme. Cette architecture prostituée est même accueillie en Italie […] L’architecture doit effectuer une rupture avec la tradition. Elle doit prendre, de force, un nouveau départ. »
Manifeste écrit par l’artiste italien Sant’Elia en 1914

La station Fiat est elle-même un manifeste du futurisme et, plus de 60 après sa construction elle a conservé l’assurance et l’arrogance propre au mouvement de Sant’Elia.

Dernière modification : 13/01/2017

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